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Perfect Kiss

 

 

Un peu à l'arrache comme d'habitude, mais : meilleurs voeux et une excellente année 2010 !

 

Perso ça commence sur les chapeaux de roue. Un coude cassé (ben oui dans le sud le verglas c'est pas naturel). Une coupure électrique durant tout un WE qui ne déclenche aucun système de sécurité ou d'alarme (quel plaisir de bosser en France) sur mon campus de recherche. Un, heureusement petit, article publié proche de ma thématique et de mes résultats (et je prend au moins 6 mois dans la vue avec ces deux incidents).

 

Bref entre le plaisir de taper à un doigt , la tonne d'outils biologiques qu'il me faudra reconstruire et le papier qu'il me faut écrire en catastrophe quand je serais sur pied (enfin sur bras…) je ne suis par certain d'avoir le temps ou le gout de disserter ici ? Ach j'ai bien de vieux posts que je n'ai jamais osé mettre en ligne…

 

Je le regrette d'autant plus que je n'en avais pas fini avec la bad science loin de là… Sans parler de la bad politic !  Ai tenté de lire Julliard pense la gauche. Oui oui Jacques Julliard, vous savez celui qui fait des éditoriaux en plus petit que Jean Daniel dans le Nouvel Obs (dans le temps on avait eu FOG puis Joffrin dans ce rôle également, mazette ça en fait du cerveau puissamment irrigué!). Là il s'est lâché Juju : 20 thèses pour repartir du pied gauche. Pas 19 ou 21, non : vingt.

 

Je ne perdrais pas mon temps à les analyser ou démonter : une simple suite de lieux communs, d'affirmations creuses, non démontrées ou sans intéret perceptible genre le néocapitalisme a retrouvé les instincts prédateurs longtemps endormis dans la recherche de la paix sociale et autres licenciements spéculatifs. Ou encore le définitif "Jamais la domination du secteur financier sur le secteur industriel, et du secteur économique sur le secteur politique et diplomatique, ne s’était affirmée avec une telle arrogance, malgré le discrédit des acteurs" . Rien de bien neuf au soleil, si j'ai bien compris, il veut un espèce de gouvernement planétaire pour ré-gu-ler et pla-ni-fier que sinon c'est le bordel et c'est pas bô.

 

Le point numéro dix, Le risque actuel, c’est un nouveau populisme, a cependant attiré mon attention. Il contient notamment cette forte affirmation : "A la différence de celle de 1929, où la faillite du libéralisme conduisait la droite à envisager des solutions fascistes et la gauche des solutions communistes, le monde politique est aujourd’hui muet. Il en va de même des intellectuels chez qui les droits de l’homme et l’écologie constituent des religions substitutives de salut. L’absence de solution politique favorise le développement de dérives psychologiques"

 

Glissons sur la mise au second plan des "droits de l'homme"… Mais à admettre cette proposition comme juste, et considérant ce précédant historique, eh bien il semblerait autant souhaitable que  judicieux que le monde politique reste muet et s'abtienne de renverser le méchant libéralisme. Non ?

 

Mais surtout cette proposition est parfaitement bidon, idéologiquement le fascisme et le communisme existaient bien avant  la crise de 1929. Et la prise du pouvoir par Lénine c'est en 1917 et celle de Mussolini en 1922. Il n'est pas inculte à ce point alors comment peut-il écrire de telles anneries ?

 

Bref la gauche française continue à raconter n'importe quoi…

 

PS : ah oui pourquoi une photo de chat ? Qu'on me fasse pas le coup du "il y a plus grave", je suis au courant : mon chat de presque 19 ans vient de clamser… Paix à la petite bestiole…

L’Amour n’a Pas de Loi

"Une fois de plus, les juges rouges, défenseurs "indépendants" de l'anti-France, ont agi.

Les photos de la libération des clandestins vont très vite se retrouver dans les catalogues de vente des passeurs crapuleux dans le monde, et des milliers d'autres pauvres bougres achèteront, à des prix indécents, un voyage précaire pour l'eldorado France.

Avec à la clé pour les citoyens du pays qui travaillent, un déficit accru, des aides sans fin pour tous ces "bac-12" qu'il faudra loger, nourrir, aider, au péril de notre sécurité, de nos valeurs, de nos retraites,…"

 

 

 

 

 

 

 

Surprise ce matin, je clique sur un premier papier relatif à ces familles qui ont dépensées toutes leurs économies et risquées leurs vies afin de venir bosser pour pas cher dans notre beau pays. Oh Oh Oh l'ensemble des commentaires sur 20 minutes sont censurés. Deuxième lien testé, Le Parisien : une légère nausée m'envahie. Allez un tour sur Libé (d'où est extraite cette brillante missive), pas mieux. Dois je vraiment essayer Le Figaro ou écouter Radio Beauf ?

 

Je sais bien qu'il y a un biais : ce sont essentiellement les crétins qui prennent (ont?) le temps de poster dans ce genre d'espace. Mais quand même.

 

Il n'y a pas que l'aspect humain qui me perturbe dans ces trop nombreux commentaires. En effet émerge la volonté d'un état autoritaire apte à fermer les frontières selon son bon vouloir, indépendamment de toute volonté de justice ou présence d'un droit élémentaire. Et mes brillants compatriotes d'exposer sans honte aucune une inculture économique crasse, on en est encore au slogan trois millions de chômeurs = trois millions d'immigrés. Et les retraites c'est leur faute aussi hein, d'abord.

 

Marie NDiaye a tort de quitter la France uniquement parce que son président est un méchant, une vraie raison de se casser serait d'enfin pouvoir échapper à cette connerie ambiante.



You Don’t Need an Education to Save the Planet

"La présentation de "média traditionnels" arc-boutés sur la science "officielle" – avec Le Monde et Libé en ligne de mire – relève d'un montage… médiatique sans aucun fondement. C'est la fréquentation assidue de la science réelle, de ses scientifiques, de ses instruments et de ses publications qui guide nos articles." grassé par le journaliste de Libé Sylvestre Huet.

 

 

 

Difficile de résister à un tel argument d'autorité sans céder soi-même à cette peu ragoûtante pratique. Eh Sylvestre t'es bien gentil mais tu n'es que journaliste alors laisse béton mon gars. Je suis un peu embêté par le cas Sylvestre Huet1, je ne doute pas de sa bonne foi, mais ses articles semblent montrer que la démarche scientifique lui échappe quelque peu. Sans doute éblouie par la lumière et impressionné par tous ces grands hommes de science qui lui expliquent que…  Sans même évoquer son coté sombre, un rien le Frédéric Lefebvre de la vulgarisation scientifique à usage des bien-pensants. Je vais donc tenter, sans grand espoir de succès, un papier pédagogique à son intention.

 

La science se trompe beaucoup. Cela fait partie de sa démarche, une succession d'essais/erreurs permet une continuelle progression. En corollaire, il n'y a pas de grands hommes qui se réunissent autour d'une table pour décréter d'un consensus. Mais au fil du temps des domaines où les papiers par trop "dissidents" finissent par ne plus exister. Enfin parfois. Il faut ainsi se méfier des scientifiques arrogants et détenteurs de vérité, ce sont au mieux des marchands de tapis, au pire de simples escrocs. Cela ne signifie pas pour autant que faire de la science c'est accepter de raconter et faire n'importe quoi. Certains peinent à cerner cette distinction : il y a quelques pré-requis qui permettent d'éviter d'aller dans le mur trop facilement. Voyons ainsi, par ordre décroissant, quelques étapes qui permettent de valider -ou non-  de la "bonne science" faite par de "good scientists" :

 

 

 

- La robustesse d'un résultat n'est pas établie par la publication en elle-même d'un article mais bien par sa mise sur la place publique. Discussion, reproduction -ou non- , mise en doute, amélioration des travaux initiaux par le reste de la communauté. Bref de la polémique pas du consensus. Cela peut prendre du temps et certains débats peinent à se clore. On a vu dans le précédent post comment certains semblaient mal tolérer cette mise à l'épreuve et usaient de stratagèmes ni élégants ni moraux pour tenter d'y échapper2.

 

- En effet le peer reviewing, étape limitante autorisant ou non la publication d'un article scientifique, est une simple indication relative à la qualité de la recherche produite et n'interdit ni la fraude ni le copinage ni les effets de modes. Une revue comme Science, quoique prestigieuse, traîne également une réputation d'usine à scoops parfois mal fagotés du point de vue de la méthodologie. Dans une revue digne de ce nom passer ce redoutable et redouté peer reviewing est essentiellement une affaire de scope, de scoop, de qualité apparente du travail etc. Mais pas seulement : il faut également inspirer confiance. En effet nos pairs anonymes sont parfaitement conscients que tout n'apparaît pas dans un article, celui-ci étant le fruit d'un long processus d'optimisation des résultats.

 

- Cette optimisation est un peu compliquée à expliquer, nous n'aimons pas trop la dévoiler. Un peu comme le dopage pour un cycliste. Pourquoi optimiser ? L'expérimentation est un véritable enfer. Des manips foirées qui donnent des résultats divergents. Des manips réussies qui donnent des résultats strictement incompatibles entre eux. De longues et infructueuses périodes de mise au point. De chiantissimes développements d'outils qui ne permettent de répondre qu'à un fragment de la question. Et j'en passe. Mais le pari étant que n'importe quel gars compétent dans le monde parviendra aux mêmes conclusions que vous, on ne publie un résultat qu'une fois le champ d'application bien défini, quand le résultat semble pouvoir être robuste. Capable de résister aux assauts de nos collègues. Le lab meeting3 est peut être l'étape la plus cruciale permettant la réalisation de "bonne science" : c'est dans ce lieu qu'une bonne part des déchets expérimentaux initialement produits sont purgés.

 

En apparence le lab meeting est une simple réunion d'équipe comme il en existe dans tout métier ou presque. Ca n'a rien de sympathique, believe me. Dans la pratique cela tient du tribunal populaire chinois, auto-flagellation comprise. On y parle que très peu de l'intérêt de la recherche entreprise mais bien de sa pratique, de ses galères et doutes. J'y ai vu des gens pleurer de trop d'humiliation4. Les plus jeunes tentent de survivre et de chopper quelques éléments de méthodologie, les plus expérimentés s'étripent en se traitant de noms d'oiseaux sur de sombres histoires de contrôles manquants, de spécificité d'anticorps, de stabilité de cytokines et tutti quanti. Un bréviaire des astuces variées et parfois obscures qui font la différence entre le total bullshit et une -virtuelle- gloire éternelle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lorsque quelques manips survivent à ce premier tri une interprétation basique des résultats peut commencer. C'est également rude. Souvent des expérimentations qui devraient donner résultats convergeants ne le font pas les salopes.  Avant de tout jeter à la poubelle de ce qui peux représenter de longs mois de labeur hop partis en fumée on essaye de comprendre le pourquoi. Parmi les alternatives possibles, sommairement : 1/ on peut avoir  posé une question qui n'a pas de sens5 et les différents angles d'approche vont nous donner des résultats provenant de divers bruits de fond.  2/ l'une ou l'autre des approches nous donne des résultats éronnés. Les "mesures" sont fausses. Il va alors s'agir de comprendre ce qui cloche expérimentalement. 3/ les diverses approches nous donnent des résultats numériquement tout à fait justes mais c'est notre grille d'interprétation qui est fausse.

 

Il peut arriver à nos amis climatologistes d'être dans un trilemme de ce type au regard de l'analyse des températures historiques. Attardons nous sur le fond de leur problème : deux types de mesures sont disponibles, ne possédant pas la même fiabilité apparente. a/ des proxy, dans le cas qui nous intéresse pour le premier papier de Man and co essentiellement des tailles de cernes d'arbre, permettent de remonter de deux millénaires. Une mesure très indirecte des températures durant ces périodes donc. b/ des relevés de stations météo etc. Plus récents et a priori plus fiables. Ces différentes mesures compilées mais sans le trick to hide the decline sont visibles là. En couleur les proxy, en noir les températures réellement mesurées.

 

1/ La question est elle pertinente ?

C'est quoi une température globale ? Combien de points faut il pour la mesurer ? En mesurant les troncs d'arbres on rate une bonne partie de la planète (eg les déserts -chauds, froids, salés- les océans : une bonne majorité du globe en fait…). On peut rajouter d'autres proxy prenant en compte certains de ces paramètres, mais on va obtenir des mesures très hétérogènes, complexes à traiter. Incidemment on remarque que les trois courbes de couleur ne se superposent pas : des périodes montrent plus de 0,3°C de divergence. Est-ce une imprécision intrinsèque de ce type de mesure ou une indication comme quoi il manque des points dans ces mesures et que la chaleur a fuit dans des zones sans proxy ? Complexe, non6 ? Bref les variations observées ont elles un sens ?

 

2/ Des mesures erronées ?

On note, toujours sur ce graphe, une période d'une trentaine d'année où toutes les courbes se superposent durant le XX siècle. C'est très (très) vraisemblablement la période qui a servie à étalonner le système, calibrer la pousse des arbres aux températures réelles. Il est donc simplement normal que toutes ces courbes se chevauchent. Mais très vite elles divergent. Plus de corrélation à partir des années 1960 à 1980 entre les proxy et la température mesurée. Plutôt un refroidissement pour les proxy, un réchauffement net pour les températures directes dans les 90. Ah ? La calibration serait fausse ? Ce type de proxy incapable de détecter certaines variations de température ? Il est arrivé quelque choses aux arbres à partir des années 1960-80 ? Hum : complexe d'argumenter que ces valeurs sont fausses depuis les années 1980 sans mettre en doute les températures mesurées par cette méthode au cours des deux millénaires, non ? En d'autres mots il n'est pas possible, si ces proxy sont défaillants, de prétendre qu'il n'y a pas eu d'autres augmentations des températures similaires à celle mesurée dans les années 90. Elles peuvent être restées inaperçues.

 

3/ Une mauvaise interprétation ?

Et si toutes ces mesures étaient justes? Par exemple on mesure  par les proxy plutôt les températures des forêts. Et les températures réelles ont trop de points provenant de stations météo proches des agglomérations et donc plus chauds ? Et un paquet d'autres biais de ce type sont possibles, libre à vous de faire fonctionner votre imagination…

 

 

Des questions particulièrement intéressantes donc. Mais un résultat global difficilement interprétable. Dans mon champ de recherche ça ne franchit pas le cap du lab meeting. On ne perd pas son temps à aller vers une publication avec autant d'incertitudes quant au résultat. Et autant de certitude quant à ce que donnera le peer reviewing... Il est vrai que nous disposons d'une multitude d'outils expérimentaux qui peuvent nous permettre de tester les diverses hypothèses, du moins espérer comprendre les divergences de mesures. Long et frustrant le plus souvent, mais bon c'est la vie scientifique. Les climatologues ont beaucoup moins ces possibilités. Je ne leur reproche en rien de publier des données aussi imparfaites, c'est parfaitement légitime compte tenue des difficultés propres à leur champ. Ces données seront utiles à d'autres7 et peuvent faire progresser le débat, sans aucun doute.

 

Puis ça devient frauduleux. Le papier devient célèbre, on le présente sans les doutes. C'est fini le peer reviewing ! Pourquoi s'embêter à présenter les données réelles et l'incertitude qui en découle vu qu'on a été publié dans un grand journal ? Petit à petit on finit par tout rabouter pour présenter une courbe parfaite. Si si cliquez : elle est pas belle ma courbe ? Pas digne de passer sur le JT de TF1 ? Comment ne pas y croire ? Glissement progressif : on remplace les mesures proxy "incohérentes" par celles de températures comme si de rien n'était : just a trick qu'on vous dit. Les copains en profitent, on se passe des données gênantes non seulement pour la vulgarisation mais également dans de vrais papiers (à prétention) scientifique. Ce qui n'est pas bon pour le moral, certes. Non Sylvestre il n'est pas question là d'améliorer, je te cite : "la qualité de l'information sur cette période, car il était bien connu que la série de cernes d'arbres en question n'était pas bonne". C'est bel et bien "de la triche" afin de dissimuler des informations gênantes pour la théorie qu'on défend.

 

Quel est l'intérêt de procéder ainsi ? En aucune façon de hide the decline : on a des mesures a priori fiables de la montée des températures dans les années 1990. Mais bien de faire croire que l'on sait que cette montée est exceptionnelle. Ce qui ne tient pas la route si on observe le graphe sans ce trick. Qui montre clairement que eh bien les mesures historiques ne sont pas mêmes capables de détecter ce qui se passe de façon contemporaine8. Ce n'est pas très honnête de cacher ainsi une information qui interdit d'affirmer que la période de réchauffement des années 90 est unique dans notre histoire récente. Ce serait une big pharma qui procéderait ainsi avant de lancer un médicament, tu serais avec moi pour crier au scandale, cher Sylvestre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour certains, il semblerait que la dendrochronologie ça ne fonctionne effectivement pas : les arbres réguleraient leur propre température. Ce qui expliquerait le peu de variations observées…. La crosse de hockey fait en elle même l'objet de très (très) virulentes critiques, particulièrement sur les statistiques utilisées qui favoriseraient l'apparition d'une telle crosse. Je n'ai pas de commentaires particuliers sur ces contestations : je n'y ai pas la moindre compétence. Simplement on ne peut oublier qu'elles existent et proclamer qu'il y a consensus. On trouve d'autres formes de courbes  (une courbe expurgée des proxy type arbre, tirée de ce papier) pas moins "scientifiques" et pas moins discutables. Il me semble quand même percevoir que celle de Man, la crosse de hockey, est largement passée de mode sauf dans la communication destinée aux beaufs. Comment le dire poliment ? Ces questions sont hors du débat public. Les limites de validité de ce que nous racontons sont directement reliées à nos procédures expérimentales, incompréhensibles pour toute personne extérieure. Je suis ainsi incapable de commenter les travaux d'un paquet d'amis, sauf faute logique ou méthodologique grave de leur part bien sûr, car juste dans le champ d'à coté, c'est à dire déjà trop loin.

 

Cette affaire, dont je n'avais pas vraiment idée jusqu'à il y a peu, est une vraie surprise pour moi. Ca me choque également quelque peu. Certes j'ai croisé quelques vraiment très mauvais scientifiques durant ma carrière. Y compris des fraudeurs, mais le plus souvent de simples Gontran. En général ces choses se règlent en interne : le politique, le public et les journalistes se contre-foutent de ce que nous faisons. Et c'est très bien comme ça, permet d'éviter ce type de dérapage. Moins il y a de Sylvestre Huet ou de Nicolas Sarkozy aux environs de la science réelle, mieux on se porte. Pas que je sois contre la vulgarisation, mais elle n'a d'intérêt que pour les choses un peu anciennes. Ce que nous faisons n'est pas directement accessible car en devenir et donc fortement incertain. Je préfère encore avoir à subir toutes ces séries B et blockbuster où le scientifique est presque immanquablement un vraiment gros méchant qu'un papier de Sylvestre Huet, ce n'est guère plus faux. Et l'impact sur le monde réel me semble moins grave que cet ordre scientifique que certains tentent de nous imposer9. Philosophiquement absurde et politiquement délétère.

 

"le doute n'est plus permis, il est pris pour un manque de conscience (…) Ainsi s'instaure la légitimité d'un nouveau moralisme fondé sur des certitudes scientifiques". H.P Jeudy in Jouissance de la catastrophe, rebonds, Libé.


 

1 Il prend de plus un risque de carrière assez considérable, j'espère pour lui qu'il sera à la retraite si d'aventure ses "articles" sont démentis par la progression de la science.

2 Ce premier point suffit à mes yeux pour les discréditer en tant que "good scientists". En plus faut être con quand même, ce type de comportement reste vain sur une échelle de temps relativement courte.

3 Il en existe des formes plus ou moins dévoyées car soft, je m'attache à évoquer sa forme la plus pure.

4 J'y ai fait pleurer des gens. Je n'ai pas été bien moi-même parfois. Plus d'amis uniquement de la rigueur. Bien entendu parfois certains en profitent pour régler des histoires extra-scientifiques, il y est toujours amusant d'y observer ceux qui sont en couple, mais peu importe.

5  Quel est le gène de l'homosexualité ?

6 Le dernier update de Man -merci Tom-  montre qu'on est encore loin d'avoir une bonne couverture spatiale et temporelle, dix ans après la première publication, même après rajout d'autres types de proxy divers.

7 Encore faudrait il qu'ils acceptent de les partager, cf climategate…

8 Qu'on m'épargne l'argument ce sont uniquement les mesures après 1960 qui sont fausses, les autres il n'y a pas de problème.

9 Les lecteurs du Canard remarquons que JL Porquet articule son discours anti-progrès sur une argumentation (qu'il croit) scientifiquement bétonnée. Amusant mais logique. J'y reviendrais.

Wash My World

"Le fait que des scientifiques aient mal agi ne discrédite pas la science", affirme ainsi Kevin Book, analyste chez ClearView Energy Partners, à Washington. Le Point.


 

Introduction

 


 

 

 

Le climategate semblant définitivement faire Pschitt dans notre beau pays cartésien, je me fend d'un -beaucoup trop- long billet sur ce sujet. Pour ceux à qui aurait échappée l'information essentielle, un des centres de recherche sur le climat, centre très proche des institutions supra-étatiques en charge du "réchauffement climatique", c'est fait hacker. Ce qui a lâché dans la nature un bon millier d'e-mails … non destinés à tout public… J'anticipe deux reproches, si vous m'y autorisez1:


- Il est parfaitement légitime, intéressant et utile de mener des études sur les impacts qu'a le développement humain sur notre biotope. Parmi ceux-là le fait de relâcher d'assez grandes quantités de CO2 dans l'atmosphère peut avoir des conséquences sur la vie et pourquoi pas sur le climat "global" de la planète. Précisément ce sont des sujets d'études importants, dont on peut espérer qu'ils soient correctement menés.

- Ce n'est, en rien, mon domaine de recherche. Je suis strictement incapable de commenter des data précises relatives au climat, soyons clair. Ce n'est pas l'objet de ce post, loin de là. Mais c'est un avantage :  je n'ai pas de chapelles ni d'intérêts :  je m'en fous. Je me contente d'exposer nombres de bizarreries qui montrent que le Climate Research Unit est totalement sortis du cadre de la méthodologie et des usages scientifiques usuels. Cadre qui possède de nombreux points communs quelques soient les disciplines considérées, dois-je le préciser ? Je me limite à ça.


Donc analyse rapide de quelques phrases saillantes des dits-mails (en lien, pour montrer que pas hors contexte). Premier constat, il faut vraiment être neu-neu pour avoir de telles conversations en utilisant un serveur d'institut, facilement écoutable ou hackable… Pour le reste ça craint velu.


 

Materials & Methods & Results

 


 

 

 

 

- Mise en doute de la méthologie quand elle ne donne pas le résultat attendue : The fact is that we can't account for the lack of warming at the moment and it is a travesty that we can't. Je me suis souvent posé la question du comment on pouvait bien calculer une température moyenne pour le globe…. Imaginons trois points A, B et C. On peut observer une baisse pour A et B compensée par le point C qui augmente. Et si pas d'augmentation du point C cela n'indique pas qu'il y a un refroidissement global : un point D ou E peuvent être plus chaud…. Bref la question est : combien de points faut il et où faut il les placer pour obtenir cette température "globale" ? Je ne suis vraiment pas certain que cela soit facile à résoudre et je ne connais pas les différents modèles qui ont du être testés. Quoiqu'il en soit, on ne peut pas se contenter de se justifier comme cela vient d'être fait, en substance : il nous manque des points dans les parties qui se réchauffent. Et pourquoi pas prendre également de nouveaux points là où ça se refroidit? Ce premier point noir soulevé acceptons par principe leur honnêteté méthodologique : il est parfaitement exact qu'il faut parfois changer son mode d'observation pour parvenir à dégager le résultat d'un espèce de "bruit de fond" parasite. Ce n'est quand même souvent pas bon signe d'être trop obligé de tripatouiller ainsi pour tenter de sortir un résultat. Mais surtout, bordel, ce qu'il ne faut PAS faire est de clamer que -ou de faire comme si-  le résultat existe tant qu'on ne l'a pas!


- Un cas d'école de fraude scientifique : I've just completed Mike's Nature trick of adding in the real temps to each series for the last 20 years (ie from 1981 onwards) amd from 1961 for Keith's to hide the decline. Autre question que je me posais, comment évalue t'on la température en différents points du globe lors des temps -pas si reculés- où on ne disposait pas de tout cet arsenal de stations météorologistes ? Une méthode -et j'ose espèrer que d'autres ont été rigoureusement testées- est de mesurer la pousse du bois. Par cette méthode les données brutes disponibles ne montraient, en 1999, aucune augmentation de température mais bien un déclin. On comprend parfaitement que cette méthode est approximative et que d'autres paramètres que la température brute puissent intervenir dans la pousse. Cela semble une mesure grossière et éloignée de la donnée que l'on veut estimer etc. Un classique en science est de tenter de montrer un même effet par diverses méthodes, disons trois pour commencer, afin de minimiser ce type de biais. Mais on ne peut se permettre d'associer ainsi directement des données disparates2 ! Présentement les températures interprétées à partir de la pousse du bois et les températures réellement mesurées depuis 1981. Ca n'a évidemment aucun sens : si on observe un résultat il est très probablement la conséquence de l'hétérogénéité des instruments de mesure3. D'un étudiant en Master2 je pourrais comprendre ce genre d'errement. Et je lui conseillerais de changer de branche vite fait, il y a du boulot dans la banque parait-il. Est-ce de l'incompétence crasse? J'en doute. Un mécanisme assez classique d'auto-persuasion, de certitude absolue quant au résultat attendu permet ce genre de fuite en avant. Bref le ba-ba de toute bonne fraude scientifique.


- Minimisation volontaire des données hérétiquesthat it would be nice to try to "contain" the putative "MWP". Il y a eu, semble t'il, une période de réchauffement durant le médiéval. Attends mon gars! Ca ne colle pas : il n'y avait pas d'industrie à cette époque ! Donc on conteste l'existence de cette période -pourquoi pas certes, des points D et E qui se refroidissent en parallèle- et on utilise des astuces graphiques pour qu'elle ne soit pas trop visible. Cette dissimulation n'est pas le point critique. Mais bien le fait que cette montée de température médiévale les dérange. Un climat c'est multi-factoriel : il a pu se passer autre chose que le CO2 à cette époque, un truc qu'il nous reste à découvrir. M'enfin! En quoi est-ce un problème? Soit ils tentent de manipuler les masses et les politiques par un discours simpliste et injectif, soit ils sont totalement barrés dans un absolutisme tel qu'ils refusent par principe l'existence d'autres facteurs. Dans un cas comme dans l'autre : a-science.


- Un efficace groupe de pression sur les revues scientifiques : We can't afford to lose GRL (…) If you think that Saiers is in the greenhouse skeptics camp, then, if we can find documentary evidence of this, we could go through official AGU channels to get him ousted. On apprend beaucoup dans ce thread et dans d'autres équivalents. Tout d'abord il est donc FAUX de prétendre qu'il n'y a pas débat et qu'il y a consensus sur ces questions. Non on se bat, et en RIEN sur le terrain scientifique, pour que les opposants ne puissent plus publier. Ensuite… Comment dire : il est d'usage, dans son intérêt personnel bien compris, d'entretenir de bonnes relations avec les éditeurs des bonnes revues de son champ d'action4. Beaucoup plus inusuel d'avoir le pouvoir de les faire virer. Ils y sont parvenus. Cette puissance de nuisance est sans le moindre scrupule revendiquée comme le fruit des accointances avec les "officiels"… Un vrai scandale et une démonstration de plus qu'il n'est pas possible de faire de la science lorsque trop proche d'un pouvoir politique.


- Le refus du peer-review : what the peer-review literature is ! et If published as is, this paper could really do some damage. Les moldus ont une vision assez imparfaite de ce qu'est la "science réelle". La grande majorité des articles publiés n'ont pas le moindre intérêt ou sont largement inexacts. Il existe des tonnes de revues spécialisées dans ce commerce5. Les raisons en sont multiples et triviales : incompétence crasse de certains chercheurs, besoin de publier pour faire avancer sa carrière, limite parfois non cernée entre "optimisation" des résultats et pure fraude. Ce n'est pas si grave : cela permet d'exercer un regard critique sur nombre de papiers, ce qui est bon pour les neurones. Cependant afin que la vraie science ne devienne pas invisible, ne soit pas complètement diluée dans un océan d'inepties, on a inventé le peer reviewing. Le principe en est simple, un collège de pairs anonymes proches de votre thématique est chargé par l'éditeur de lire votre papier afin de juger de son intérêt, de sa crédibilité, de sa méthodologie et de son adéquation avec le scope du journal considéré. Ce système est à l'évidence très imparfait : on tombe parfois sur des concurrents malhonnêtes qui vous saquent, des cons et des nuls… Parfois passent des truc à hurler de rire, simplement pitoyables ou expérimentalement faux au premier coup d'oeil. Globalement, pour les bonnes revues, ce système fonctionne et reste indispensable. Privilégiant sans aucun doute trop les scoops et les têtes connues, mais bon. Des tentatives existent, genre PloS One, pour l'améliorer. Lisez les mails du CRU, ils affichent un mépris constant pour ce processus, s'en foutent, le jettent aux orties pour passer leurs papiers, tentent de trouver des astuces pour empêcher la publication des papiers qui les dérangent -et qu'ils ne comprennent même  pas forcément bien (It is also an ugly paper to review because it is rather mathematical). Ce serait risible si pas minable et évidemment dangereux.


- Le refus de livrer les data sources. I will continue to refuse such data requests in the future (…) I feel very strongly about these issues. We should not be coerced by the scientific equivalent of a playground bully. Au XVII siècle Marcello Malpighi, en complément de ses brillants travaux histologiques, a inventé le Matériels et Méthodes. Une idée simple et merveilleuse qui permet aux scientifiques de vérifier et complémenter les travaux des confrères. C'est un point crucial qui permet une progression rapide de la recherche. Incidemment c'est également une arme de dissuasion massive. Il est en effet plus facile de construire un faux article, basé sur des résultats arrangés, que de se coltiner l'enfer des vraies expérimentations pour espérer publier un Science ou un Nature. Par un scientifique raisonnablement intelligent, en "démontrant" un résultat sexy et attendu, c'est invisible pour tout reviewer. D'où l'efficacité du Matériels et Méthodes et de l'obligation faite au monde académique de fournir tout matériel -non onéreux- à qui le demande, après publication. Le risque devient ainsi trop important d'être démasqué dans un laps de temps raisonnablement court, ce qui serait dommageable pour la carrière6… Le refus du CRU de communiquer à Vincent Courtillot7, et à de nombreux autres, les données et programmes qui sont utilisés est tout simplement invraisemblable. D'expérience ce n'est pas non plus très bon signe…


- Destruction de preuves. Can you delete any emails you may have had with Keith re AR4 (rapport du GIEC 2007). Panique : en tant qu'institution publique ils font l'objet d'un freedom of information act version anglaise. Cela ne doit pas être très agréable. Effectivement un tas de mail privés où on dit le plus grand mal d'un collègue avec qui vous entretenez de diplomatiques et intéressées relations de façades ainsi mis sur la place publique… Sans évoquer les histoires de cul… Compréhensible de faire du tri. Mais pourquoi donc détruire des mails où il est question de ce pourquoi on est payé, de son travail comme ce rapport du GIEC. Hum hum hum. Une enquête devrait être menée.



 

Discussion

 


 

 

 

 

 

 

Ces échanges sont tout sauf anodins. Ils défoncent allègrement nombre de piliers de la science moderne, de ce fragile équilibre qui nous permet bon an mal an de progresser sur le long chemin de la connaissance8 . Pour proposer quoi en échange ? Mensonges, dissimulations, combines? Arrosé d'un discours absolutiste donc obscurantiste. Difficile de dire jusqu'où cette affaire ira… Explosera t' elle maintenant ? Simplement dans 20 ans si aucun réchauffement crédible n'est d'ici là observé ? Pourtant il s'agit à l'évidence d'une fraude beaucoup plus grave que celle sur le clonage humain des Raeliens9 ou de Hwang Woo-suk . Une nouvelle affaire Lyssenko? Il y a des points communs : la lutte du bien contre le mal, la nécessité politique de prouver "scientifiquement" quelque chose, la manipulation des masses. Mais rien ne me permet, en l'état, d'affirmer que tous les labos qui travaillent sur le réchauffement climatique ont travaillé comme des sagouins. Je ne préjuge pas du reste, de l'existence ou non de vrais data. Mais cette affaire arrive bien mal pour la petite communauté des climatistes, les "vrais" scientifiques commençant à donner de la voix, excédés par nombre d'autres approximations ou débordements :


- Le rationnel du réchauffement climatique d'origine carbonique est assez faible. Pas inexistant : faible. Le CO2 est un gaz à effet de serre, nul doute. Mais les quantités émises ne pourraient expliquer qu'un marginal réchauffement dans un système simple. Le système Terre est évidemment très complexe. On ne peut prédire le output. Simplement, pour que le surplus de CO2 actuellement produit engendre une conséquente augmentation de température il faut imaginer un effet amplificateur. Un seuil à ne pas dépasser au delà duquel quelque chose d'autre se produit. Pas de bol, on viendrait comme par hasard de dépasser ce seuil ! Pourquoi pas, mais un rien ἀπὸ μηχανῆς θεός non ? L'autre élément rationnel est lui du pur bullshit : admettons qu'une hausse de la température globale soit corrélée avec l'émission de CO2, ça n'établit aucune causalité. C'est au mieux10 une observation indiquant qu'on pourrait mener des recherches testant la robustesse de ce lien éventuel.

 

- La recherche d'une explication simple et totale. Le climat est à l'évidence une question complexe. La cellule aussi. Lorsqu'on est habitué à traiter de telles questions il est ahurissant de devoir se contenter d'explications aussi simplistes. C'est la faute au CO2 et à rien d'autres, ne me parlez pas des tâches solaires, de l'optimum médiéval, je ne regarde même pas vos datas, c'est de la merde,  vous étes nul. Ahurissant, un peu d'expérience en recherche vous apprenant rapidement combien il faut rester humble et dépourvu de certitudes. Et que c'est toujours plus compliqué que ce que vous espériez.


- Le clan du bien contre le mal. Emettre un doute fait de vous un suppôt de W. Bush et d'Exxon. Etonnant d'être au XXI siècle encore à écrire que la science se contrefout de la morale et du politique. De plus, par un étonnant renversement des valeurs, les scientifiques qui ne sont en accord avec les théories du réchauffement se font traiter de tous les noms : négationistes, créationnistes, tenants de la terre plate… Sans que leurs arguments ne soient discutés.


- Nombre de mensonges éhontés. cdc me rappelait, dans les commentaires du précédent post, celui présent dans le documentaire de l'ex-futur président américain Al. Gore. Au cours de l'histoire de la planète les élévations du taux de CO2 sont la conséquence des augmentations de températures et non l'inverse ! La solubilité aqueuse du CO2 dépend de la température et donc sa concentration dans l'atmosphère également… Sans compter les difficilement prévisibles évolutions de la biomasse en fonction de la température. Mais quoiqu'il en soit les relevés indiquent bien que l'augmentation du CO2 suit l'augmentation des températures… Un détail qui n'empéche pas d'obtenir un prix Nobel de la paix.


- Le traitement médiatique. Je suis bien conscient que les journalistes répondent à une demande. Celle d'un public mal éduqué11, peu conscient de la complexité et de la difficulté scientifique. Mais quand même. Dernier exemple  Aurélie Leone de l'Express s'en prend aux vieux croutons : "Pourtant, en évitant ainsi de prendre partie sur la question du réchauffement, l'Académie, dont il semble légitime d'attendre un avis tranché, laisse bel et bien le public juge." Voilà : la science comme objet de consommation pour le bon peuple. Nous sommes sommé de dire quelque chose même quand il n'y a rien à dire. Sans parler des reportages où on nous parle de "réfugiés climatiques" à propose des victimes du tsunami … La liste est bien trop longue.

 

 

Conclusion

 


 

 

 

 

Comprenez bien qu'il n'est ici question d'aucune théorie du complot, mais je connais un rien le milieu scientifique. Métier comme un autre la science. Avec une grande diversité d'intervenants, ne pas croire que les gens y sont nécessairement brillants12. Tout au plus ont ils un certain niveau d'étude, simple reflet de leur capital social le plus souvent. Beaucoup sont là sans grande passion ou méthode : il y a de la lumière et la soupe est chaude. Ce n'est pas l'objet de ce post que de dresser une cartographie ou sociologie précise du métier. Quelques aspects méritent cependant développement pour mieux comprendre les dérives avérées du CRU :

- C'est dur, difficile, ingrat que de produire de la science de qualité. Vraiment13. Heureusement il est parfaitement possible de faire illusion. Chacun est spécialiste d'une petite fraction et il est ainsi possible, tant qu'on ne regarde pas vraiment les data et la méthodologie, de frimer à pas cher en enfumant son monde par un discours généraliste. Il y a pas mal de spécialistes plus ou moins graves de cette dérive. Avec l'expérience des ans il suffit d'apprendre à les repérer et en conséquence de les éviter.

- Certaines demandes de subventions sont un moment délicat pour l'intégrité scientifique et morale. On vous pousse à vulgariser au maximum, quitte à franchir des lignes rouges. Déplacer le cadre de validité de vos études. Là aussi un écosystème spécialisé s'est développé : absence de scrupule, auto-persuasion rétroactive que l'on a vraiment prouvé les imbécillités écrites pour obtenir des sous14.

- Parfois -voire souvent, je n'écris pas toujours- ces gens, ceux qui comprennent le moins la démarche scientifique, sont sélectionnés positivement par le système et gravissent les échelons. Au delà d'une application étroite  du principe de Peter, il y a une logique : les décideurs, politiques et autres leviers du pouvoir ne comprennent eux même que peu de chose au discours et à la méthode scientifique. Et sont donc particulièrement enclins à écouter et promouvoir ceux qui leur tiennent des discours simplistes et biaisés. Je ne dis pas que cette catégorie du personnel est par essence nuisible et inutile, nous en en profitons lâchement pour nous décharger de taches ingrates, obtention de postes et d'argent particulièrement. Mais il y a un risque systémique : qu'il se prennent pour de bons scientifiques et imposent leur loi.


Dans mon champ disciplinaire il semble impossible que ces comportements borderline prennent le dessus : une masse trop importante de gens de très grande qualité fait tourner efficacement le bourrin. Et la mécanistique est assez huilée, si vous produisez de la merde ce ne sera que dans de très petites revues. Rapidement, vous aurez beaucoup de mal à trouver de l'argent et des étudiants. Et un jour ou l'autre -le temps académique peut être assez élastique- votre laboratoire disparaîtra. Certes il y aura eu dilapidation d'argent mais ce n'est pas l'essentiel : ça reste étanche entre bonne et mauvaise science, vous ne pouvez contaminer l'ensemble de la discipline par votre mauvais travail. C'est tout l'intérêt du peer reviewing et des dotations de crédit en fonction de la qualité des articles publiés par l'un ou l'autre laboratoire.

 

Par contre difficile d'apporter une réponse tranchée pour une discipline plus jeune et plus petite… Concernant le CRU, Il y a au moins tentative de corruption scientifique sinon de fraude. Les e-mails sont très explicites : c'est bien du grand n'importe quoi. Une grande gêne de certains des scientifiques impliqués est apparente15. Les solutions de sortie de crise sont relativement simples et accessibles. 1/ Renvoi, radiation, exclusion pilori pour les personnes les plus impliquées. Michael Man  et les autres passeront à la postérité mais certainement pas dans les termes qu'ils auraient souhaité. 2/ Retour de cette discipline dans le champ de la difficile et ingrate recherche académique usuelle : crédits rares et peer reviewing strict. C'est à dire le plus loin possible des instances supra-étatiques, instances génératrices d'obligations "idéologiques" strictement incompatibles avec de le bonne pratique scientifique. Mais il est précisément à redouter que la collusion avec le politique ne serve de protection. To big to fall ?

 

Bref je ne sais toujours pas si le climat se réchauffe ou pas16, mais je vais être, en l'état, dans la nécessité de continuer à ne pas m'intéresser à cette question. Il faut laisser le temps au temps, que la "justice scientifique" passe et que les *good* scientists reprennent le pouvoir. 

 

1 Je sais, vous n'avez pas le choix.

2  Ma première expérience en recherche, à 22 ans, dans un institut travaillant pour  le développement, fut ainsi catastrophique. Il me fallait concevoir une ration alimentaire équilibrée en travaillant sur des produits de base africains. Les trois tables de composition de ces aliments que j'avais pu identifier donnaient des valeurs fort différentes. Mon directeur de stage me suggéra d'en faire la moyenne. Inutile de préciser que j'ai refusé. Passant, déjà, pour un mauvais coucheur.

3 Certes pour vulgariser on peut se permettre de montrer une courbe provenant de données hétérogènes mais quand elle est rigoureusement validée d'un point de vue scientifique. Si on utilise de telles données parce que "pas le choix" (en passant, eux ont le choix, ils peuvent rester sur la taille des cernes et batsa…) l'essentiel de la méthodologie consistera à valider, tester cette hasardeuse  jonction : compliqué toujours. Ce n'est en aucun cas un "trick". Fuck off.

4 J'ai eu mon 1/4 d'heure de gloire lors d'un congrès, la plupart des sommités venant visiter, fort intéressées, mon modeste poster. Après quelques heures éreintantes à vendre scientifiquement le truc, je vois débarquer une jolie femme, la quarantaine, suivie de sa cour. Je n'en pouvais plus : j'ai assez longuement blagué avec elle, de choses ou autres, omettant à peu près totalement l'aspect scientifique. Je devais bien être le seul à ne pas la connaître : c'était l'éditrice en second de Cell, la bible de mon champ scientifique… Après un très très très long et hésitant reviewing, le papier ne fut pas publié par cette revue… Que  les courriers de mon ex-boss, ancien communiste orthodoxe, au prestigieux éditeur en chef de l'époque, Benjamin Lewin soient en fait adressés au Dear Pr Lenin, n'a sans doute pas non plus contribué à nous faire apparaître comme professionnels…  Blague à part, le processus de reviewing a fini par identifier une légère faiblesse, mais impardonnable pour une revue de ce calibre : notre texte n'évoquait pas un résultat légèrement contradictoire qui apparaissait dans une de nos figures. Comme quoi le peer reviewing ça fonctionne.

5 Aucun jugement de valeur de ma part. Pour des raisons de carrière j'ai fini par accepter de laisser mon nom sur des papiers qui ne m'intéressent en rien, dans de très petites revues. Ca m'a plutôt pris du temps, je n'ai hélas plus la pureté de mes 22 ans, pour tolérer ce genre de concessions, parfaitement conscient qu'il est difficile de faire marche arrière après. Mes tentatives de retour dans le vraie science me valent ainsi une réputation de mec jamais content, dont on comprend rien à ce qu'il raconte, hautain et prétentieux. Dois-je préciser que c'est faux ?

6 La fraude on en entend pas mal parler dans le milieu. Je ne sais faire la part entre la jalousie des uns et la malhonnêteté des autres. Ce que je remarque c'est que dans au moins un cas récent de fraude gravissime avérée l'administration et les syndicats ont étouffé l'affaire avec force.

7 Courtillot dont je n'ai pas regardé les fameuses conférences : pas le temps et volonté de ne pas être influencé durant l'écriture de ce post.

8 Pourquoi les journalistes n'ont ils pas contacté/écouté l'un ou l'autre spécialiste du clonage, qui aurait démonté la supercherie, plutôt que d'entretenir ce faux suspense ?

9 Ouch c'est bien moi qui est écrit cette phrase de merde ? Honte…

10 Il convient de rappeler que cette corrélation n'est pas certaine, et qu'au mieux elle serait observée… une fois. Quelle robustesse.

11 Quelqu'un pour m'expliquer pourquoi dans notre "société de la connaissance" on continue à bourrer le crâne de nos enfants en oubliant de leur raconter comment, avec quelle méthodes et avec quelles limites, cela a été produit ?

12 Les jours de déprime je me dis que je devrais écrire un bouquin avec les tombereaux de @&&&@ graves qu'il m'a été donné de subir ou d'entendre. Trop dangereux pour ma "carrière"…  Vraiment ! Si j'atteins l'âge de la retraite peut être ?

13 Ce n'est pas une formule rhétorique. Je ne trouve pas ma carrière "globalement positive". Et j'en suis le premier responsable quelques soient les difficultés que j'ai eu à affronter. Qu'importe, l'insatisfaction est un puissant moteur…

14 Il existe également une pression assez forte pour que les résultats d'une étude collent aux -généralement foireux- présupposés de la demande d'argent.

15 J'aime beaucoup la tournure polie mais ferme : And the issue of with-holding data is still a hot potato, one that affects both you and Keith (and Mann). Yes, there are reasons — but many *good* scientists appear to be unsympathetic to these. Traduction moins diplomatique : on produit de la merde, c'est une pure honte scientifique. En plus on est con comme des bites : on cache les données qui nous dérangent. Blaireaux va ! : ca se verra bien un jour ou l'autre et nous en payerons le prix. Il y a urgence à changer celà pour que nos théories ne disparaissent pas avec l'eau du bain.

16 Il est parfaitement possible qu'on ne possède ni le recul ni la méthodologie pour pouvoir répondre à une si vaste question.

Waiting For The Sun

 "Sur le fond, cette affaire plutôt comique ne change rien à la science connue." Sylvestre Huet (enfin je crois) à propos du climategate dans libé.

 

Je prend pas partie sur  le climat de la planète, ni dans un sens ni dans un autre. J’ai l’ambition à défaut du temps, d’écrire un petit message sur la méthodologie scientifique. Notamment sur la classique confusion entre corrélation et causalité. Mais pas seulement : biais divers,"scientifiques" arrivistes, collusion néfaste avec le politique and so on. Vraiment manque de temps, pour plus tard. Un petit regret de ne pas avoir écrit plus tôt la partie scientifiques arrivistes et politique, mais bon. Ces mails n’ont rien d’étonnant chez ces gens, j’en connais suffisamment des gars comme ça, hein. Certains "scientifiques" ne sont pas ce que le bon peuple en pense, y compris d’un simple point de vue intellectuel…

 

Version short de ce que devrait contenir ce futur papier, sur sa partie concernant le réchauffement climatique : il me semble hasardeux pour un (pas trop mauvais j’espère) scientifique d’accepter sans sourciller le discours du GIEC, la méthodologie sous-jacente ne semblant se résumer qu’à très de peu
de choses, simple extrapolation informatique de corrélations discutables. Le tout mal supporté par de très rares données expérimentales (le CO2 est bien à effet de serre en éprouvette mais ne pourrait faire varier les températures fortement sans un effet amplificateur à ce jour mystérieux). 

 

Encore une fois, je ne prend pas partie, je n’ai pas du tout "travaillé sur le sujet pour que mes critiques soient crédibles". Je m’en fous du réchauffement climatique, de l’homéopathie, ou de Rael ou de Jean-Paul II. Sincèrement. Des données importantes ont ainsi pu facilement m’échapper. Mais la méthodologie appliquée, telle que je la perçois, certes au travers du filtre des média, est purement de la merde. Gentil lecteur renseigne moi ! Du moins, les conclusions scandaleusement outrancières au vu de ce qu’ils ont à mettre sur la table (une simple éventuelle corrélation !). Perso je n’oserais jamais publier avec si peu… D’ailleurs je publie peu.

 

Ce qui m’amuse le plus est ce qui va venir. A l’instar de Sylvestre Huet, écrivant un peu n’importe quoi (que viens faire Vincent Courtillot dans cette affaire d’arrangement entre amis ou de fraude présumée?) pour avoir l’air de parler de l’affaire mais en faisant comme si de rien n’était. Il est vrai qu’il est journaliste scientifique lui et qu’il sait ce que c’est la science connue lui.

 

Bon je retourne à mes éprouvettes.

 

In the Flat Field

«Contre la faim dans le monde, on connaît les solutions» Ambroise Mazal.

 

Je vais sur google actualité, je tombe sur ce titre. Je clique, fébrile (on a enfin des solutions?) et un peu inquiet  (me doutant de ce que j’allais lire). Et je tombe sur ça, en vrac : "que les politiques commerciales en agriculture soient mises en conformité avec les solutions qui ont été établies: la protection des marchés, l’impératif de souveraineté alimentaire (…) La principale chose a été de reconnaître ces solutions, et de dégager un consensus (…) Un peu comme le Giec pour le climat. C’est positif."  Quelques points vite fait :

 

- quand ces grands machins FAO, UNESCO, GIEC … arrêteront ils de péter plus haut que leur cul ? Sans renier tout ce qu’ils produisent, ce sont quand même essentiellement des usines à mandarin ! Le monde ne fonctionne pas du "haut" vers le "bas" avec des "y a qu’a" …

- c’est bien gentil de gueuler contre les politiques qui ne suivent pas. Mais pour une organisation comme la FAO, en panne de crédibilité depuis sa fondation, accepter une mission de droit à l’alimentation, confiée en son temps à Jean Ziegler, c’est vraiment n’importe quoi. Un peu comme si on nommait Claude Vorilhon à la tête du CNRS.

- faudra que je dise ce que je pense du consensus en "science", surtout quand il est dicté par des machins comme ceux-là. En trois mots : ça n’existe pas.

 - tout petit quand j’amenais du sucre et du riz à l’école pour les "pauvres d’Afrique", il me semblait bien percevoir que la faim dans le monde c’était compliqué, que cela ne se résumait pas à une question de moyen. Ou à des méchants qui gardent tout pour eux et qui refusent d’aider les autres.

 

Bref…

 

 

This Is Home

"Une personnalité qui défend les couleurs littéraires de la France se doit de faire preuve d’un certain respect à l’égard de nos institutions. C’est pourquoi, il me paraît utile de rappeler à ces lauréats le nécessaire devoir de réserve, qui va dans le sens d’une plus grande exemplarité et responsabilité." Superdupont dans une question à notre ministre du commerce extérieur.

 

Y a des jours où … Ca ne mérite pas vraiment d’être commenté. Berlin 89 c’est cool mais certains cerveaux me semblent toujours bien emmurés vingt ans après. Juste : certains IRL me reprochent un certain anti-nationalisme forcené. Franchement : les couleurs littéraires de la France ! Il se croit à une course hippique ce blaireau d’Eric Raoult ? Il va me faire un procès parce que je porte haut la casaque de l’exemplarité et de la responsabilité Scientifique Nationale et que je ne peux penser ou pire écrire là, ici, maintenant ce qu’il est à mes yeux : un gros con, pour rester poli à défaut d’argumentation plus structurée ET plus cinglante ? Que je lui dois respect à lui et à sa clique simplement pour ce qu’ils sont, des espèces d’apparatchik auto-proclamés dépositaires de je-ne-sais quelle identité nationale ? C’est ça une démocratie libérale* ?  

 

Où que je vis moi ? Faudrait voir à me déchoir de cette nationalité** because lecteur de Dostoi  ou de K Dick***, mauvais français que je suis ? 

 

Je prends mes pilules pour la tête. En passant, normalement bientôt un peu plus de temps pour des posts plus construits.

 

* No Madelin inside.

** que vous participez largement à rendre plus encombrante Mr Raout.

*** comme de bien entendu l’un russe et l’autre américain parfaitement exemplaires, selon leurs gouvernements respectifs. 

 

 

Birthday party

 Le temps passe et les cimetières se remplissent…

Fistfuck Playa Club

 "Etre français, c’est avoir envie de vivre ensemble" Eric Besson via un conseiller.

 

Mais j’ai pas envie de vivre avec Mr Besson moi ! Et pis il y a un tas d’autres gens avec qui j’ai pas envie de vivre avec, des collègues, des connaissances, des abrutis, ou pas. Un tas de gens avec qui je ne partage pas de "valeurs". Et pis je ne demande à personne de partager mes "valeurs", d’abord ! Qu’est ce que je vais devenir alors ? on va m’extrader ? m’apatrider de force ? chiche !

 

Blague à part comment ose t’on nous infliger de tels poncifs? Ca laisse pantois.

 

Edit : "La défense de notre modèle culturel et de la ‘Douce France’ chantée par Charles Trenet, passent par la redéfinition de notre identité nationale, alors que la mondialisation, qui gomme chaque jour un peu plus les caractéristiques propres de chaque nation, est si âpre" il est incroyable quand même ce lefebvre….

K. Cera Cera

"Kravchenko gagnera ce procès, et aura eu le mérite d’ouvrir une première brèche dans la représentation idéale de l’URSS." Caroline Constant  In l’Huma.

 

Non rien, c’est rigolo c’est tout : avant l’affaire Kravenko c’était idéal l’URSS, après ça restait pas mal, juste bien? Ah oui : globalement positif ? Arff me font marrer même des années après leur disparition les cocos.

 

Tiens, au fait, pour mémoire :

 

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