"Le fait que des scientifiques aient mal agi ne discrédite pas la science", affirme ainsi Kevin Book, analyste chez ClearView Energy Partners, à Washington. Le Point.
Introduction
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Le climategate semblant définitivement faire Pschitt dans notre beau pays cartésien, je me fend d'un -beaucoup trop- long billet sur ce sujet. Pour ceux à qui aurait échappée l'information essentielle, un des centres de recherche sur le climat, centre très proche des institutions supra-étatiques en charge du "réchauffement climatique", c'est fait hacker. Ce qui a lâché dans la nature un bon millier d'e-mails … non destinés à tout public… J'anticipe deux reproches, si vous m'y autorisez1:
- Il est parfaitement légitime, intéressant et utile de mener des études sur les impacts qu'a le développement humain sur notre biotope. Parmi ceux-là le fait de relâcher d'assez grandes quantités de CO2 dans l'atmosphère peut avoir des conséquences sur la vie et pourquoi pas sur le climat "global" de la planète. Précisément ce sont des sujets d'études importants, dont on peut espérer qu'ils soient correctement menés.
- Ce n'est, en rien, mon domaine de recherche. Je suis strictement incapable de commenter des data précises relatives au climat, soyons clair. Ce n'est pas l'objet de ce post, loin de là. Mais c'est un avantage : je n'ai pas de chapelles ni d'intérêts : je m'en fous. Je me contente d'exposer nombres de bizarreries qui montrent que le Climate Research Unit est totalement sortis du cadre de la méthodologie et des usages scientifiques usuels. Cadre qui possède de nombreux points communs quelques soient les disciplines considérées, dois-je le préciser ? Je me limite à ça.
Donc analyse rapide de quelques phrases saillantes des dits-mails (en lien, pour montrer que pas hors contexte). Premier constat, il faut vraiment être neu-neu pour avoir de telles conversations en utilisant un serveur d'institut, facilement écoutable ou hackable… Pour le reste ça craint velu.
Materials & Methods & Results
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- Mise en doute de la méthologie quand elle ne donne pas le résultat attendue : The fact is that we can't account for the lack of warming at the moment and it is a travesty that we can't. Je me suis souvent posé la question du comment on pouvait bien calculer une température moyenne pour le globe…. Imaginons trois points A, B et C. On peut observer une baisse pour A et B compensée par le point C qui augmente. Et si pas d'augmentation du point C cela n'indique pas qu'il y a un refroidissement global : un point D ou E peuvent être plus chaud…. Bref la question est : combien de points faut il et où faut il les placer pour obtenir cette température "globale" ? Je ne suis vraiment pas certain que cela soit facile à résoudre et je ne connais pas les différents modèles qui ont du être testés. Quoiqu'il en soit, on ne peut pas se contenter de se justifier comme cela vient d'être fait, en substance : il nous manque des points dans les parties qui se réchauffent. Et pourquoi pas prendre également de nouveaux points là où ça se refroidit? Ce premier point noir soulevé acceptons par principe leur honnêteté méthodologique : il est parfaitement exact qu'il faut parfois changer son mode d'observation pour parvenir à dégager le résultat d'un espèce de "bruit de fond" parasite. Ce n'est quand même souvent pas bon signe d'être trop obligé de tripatouiller ainsi pour tenter de sortir un résultat. Mais surtout, bordel, ce qu'il ne faut PAS faire est de clamer que -ou de faire comme si- le résultat existe tant qu'on ne l'a pas!
- Un cas d'école de fraude scientifique : I've just completed Mike's Nature trick of adding in the real temps to each series for the last 20 years (ie from 1981 onwards) amd from 1961 for Keith's to hide the decline. Autre question que je me posais, comment évalue t'on la température en différents points du globe lors des temps -pas si reculés- où on ne disposait pas de tout cet arsenal de stations météorologistes ? Une méthode -et j'ose espèrer que d'autres ont été rigoureusement testées- est de mesurer la pousse du bois. Par cette méthode les données brutes disponibles ne montraient, en 1999, aucune augmentation de température mais bien un déclin. On comprend parfaitement que cette méthode est approximative et que d'autres paramètres que la température brute puissent intervenir dans la pousse. Cela semble une mesure grossière et éloignée de la donnée que l'on veut estimer etc. Un classique en science est de tenter de montrer un même effet par diverses méthodes, disons trois pour commencer, afin de minimiser ce type de biais. Mais on ne peut se permettre d'associer ainsi directement des données disparates2 ! Présentement les températures interprétées à partir de la pousse du bois et les températures réellement mesurées depuis 1981. Ca n'a évidemment aucun sens : si on observe un résultat il est très probablement la conséquence de l'hétérogénéité des instruments de mesure3. D'un étudiant en Master2 je pourrais comprendre ce genre d'errement. Et je lui conseillerais de changer de branche vite fait, il y a du boulot dans la banque parait-il. Est-ce de l'incompétence crasse? J'en doute. Un mécanisme assez classique d'auto-persuasion, de certitude absolue quant au résultat attendu permet ce genre de fuite en avant. Bref le ba-ba de toute bonne fraude scientifique.
- Minimisation volontaire des données hérétiques : that it would be nice to try to "contain" the putative "MWP". Il y a eu, semble t'il, une période de réchauffement durant le médiéval. Attends mon gars! Ca ne colle pas : il n'y avait pas d'industrie à cette époque ! Donc on conteste l'existence de cette période -pourquoi pas certes, des points D et E qui se refroidissent en parallèle- et on utilise des astuces graphiques pour qu'elle ne soit pas trop visible. Cette dissimulation n'est pas le point critique. Mais bien le fait que cette montée de température médiévale les dérange. Un climat c'est multi-factoriel : il a pu se passer autre chose que le CO2 à cette époque, un truc qu'il nous reste à découvrir. M'enfin! En quoi est-ce un problème? Soit ils tentent de manipuler les masses et les politiques par un discours simpliste et injectif, soit ils sont totalement barrés dans un absolutisme tel qu'ils refusent par principe l'existence d'autres facteurs. Dans un cas comme dans l'autre : a-science.
- Un efficace groupe de pression sur les revues scientifiques : We can't afford to lose GRL (…) If you think that Saiers is in the greenhouse skeptics camp, then, if we can find documentary evidence of this, we could go through official AGU channels to get him ousted. On apprend beaucoup dans ce thread et dans d'autres équivalents. Tout d'abord il est donc FAUX de prétendre qu'il n'y a pas débat et qu'il y a consensus sur ces questions. Non on se bat, et en RIEN sur le terrain scientifique, pour que les opposants ne puissent plus publier. Ensuite… Comment dire : il est d'usage, dans son intérêt personnel bien compris, d'entretenir de bonnes relations avec les éditeurs des bonnes revues de son champ d'action4. Beaucoup plus inusuel d'avoir le pouvoir de les faire virer. Ils y sont parvenus. Cette puissance de nuisance est sans le moindre scrupule revendiquée comme le fruit des accointances avec les "officiels"… Un vrai scandale et une démonstration de plus qu'il n'est pas possible de faire de la science lorsque trop proche d'un pouvoir politique.
- Le refus du peer-review : what the peer-review literature is ! et If published as is, this paper could really do some damage. Les moldus ont une vision assez imparfaite de ce qu'est la "science réelle". La grande majorité des articles publiés n'ont pas le moindre intérêt ou sont largement inexacts. Il existe des tonnes de revues spécialisées dans ce commerce5. Les raisons en sont multiples et triviales : incompétence crasse de certains chercheurs, besoin de publier pour faire avancer sa carrière, limite parfois non cernée entre "optimisation" des résultats et pure fraude. Ce n'est pas si grave : cela permet d'exercer un regard critique sur nombre de papiers, ce qui est bon pour les neurones. Cependant afin que la vraie science ne devienne pas invisible, ne soit pas complètement diluée dans un océan d'inepties, on a inventé le peer reviewing. Le principe en est simple, un collège de pairs anonymes proches de votre thématique est chargé par l'éditeur de lire votre papier afin de juger de son intérêt, de sa crédibilité, de sa méthodologie et de son adéquation avec le scope du journal considéré. Ce système est à l'évidence très imparfait : on tombe parfois sur des concurrents malhonnêtes qui vous saquent, des cons et des nuls… Parfois passent des truc à hurler de rire, simplement pitoyables ou expérimentalement faux au premier coup d'oeil. Globalement, pour les bonnes revues, ce système fonctionne et reste indispensable. Privilégiant sans aucun doute trop les scoops et les têtes connues, mais bon. Des tentatives existent, genre PloS One, pour l'améliorer. Lisez les mails du CRU, ils affichent un mépris constant pour ce processus, s'en foutent, le jettent aux orties pour passer leurs papiers, tentent de trouver des astuces pour empêcher la publication des papiers qui les dérangent -et qu'ils ne comprennent même pas forcément bien (It is also an ugly paper to review because it is rather mathematical). Ce serait risible si pas minable et évidemment dangereux.
- Le refus de livrer les data sources. I will continue to refuse such data requests in the future (…) I feel very strongly about these issues. We should not be coerced by the scientific equivalent of a playground bully. Au XVII siècle Marcello Malpighi, en complément de ses brillants travaux histologiques, a inventé le Matériels et Méthodes. Une idée simple et merveilleuse qui permet aux scientifiques de vérifier et complémenter les travaux des confrères. C'est un point crucial qui permet une progression rapide de la recherche. Incidemment c'est également une arme de dissuasion massive. Il est en effet plus facile de construire un faux article, basé sur des résultats arrangés, que de se coltiner l'enfer des vraies expérimentations pour espérer publier un Science ou un Nature. Par un scientifique raisonnablement intelligent, en "démontrant" un résultat sexy et attendu, c'est invisible pour tout reviewer. D'où l'efficacité du Matériels et Méthodes et de l'obligation faite au monde académique de fournir tout matériel -non onéreux- à qui le demande, après publication. Le risque devient ainsi trop important d'être démasqué dans un laps de temps raisonnablement court, ce qui serait dommageable pour la carrière6… Le refus du CRU de communiquer à Vincent Courtillot7, et à de nombreux autres, les données et programmes qui sont utilisés est tout simplement invraisemblable. D'expérience ce n'est pas non plus très bon signe…
- Destruction de preuves. Can you delete any emails you may have had with Keith re AR4 (rapport du GIEC 2007). Panique : en tant qu'institution publique ils font l'objet d'un freedom of information act version anglaise. Cela ne doit pas être très agréable. Effectivement un tas de mail privés où on dit le plus grand mal d'un collègue avec qui vous entretenez de diplomatiques et intéressées relations de façades ainsi mis sur la place publique… Sans évoquer les histoires de cul… Compréhensible de faire du tri. Mais pourquoi donc détruire des mails où il est question de ce pourquoi on est payé, de son travail comme ce rapport du GIEC. Hum hum hum. Une enquête devrait être menée.
Discussion

Ces échanges sont tout sauf anodins. Ils défoncent allègrement nombre de piliers de la science moderne, de ce fragile équilibre qui nous permet bon an mal an de progresser sur le long chemin de la connaissance8 . Pour proposer quoi en échange ? Mensonges, dissimulations, combines? Arrosé d'un discours absolutiste donc obscurantiste. Difficile de dire jusqu'où cette affaire ira… Explosera t' elle maintenant ? Simplement dans 20 ans si aucun réchauffement crédible n'est d'ici là observé ? Pourtant il s'agit à l'évidence d'une fraude beaucoup plus grave que celle sur le clonage humain des Raeliens9 ou de Hwang Woo-suk . Une nouvelle affaire Lyssenko? Il y a des points communs : la lutte du bien contre le mal, la nécessité politique de prouver "scientifiquement" quelque chose, la manipulation des masses. Mais rien ne me permet, en l'état, d'affirmer que tous les labos qui travaillent sur le réchauffement climatique ont travaillé comme des sagouins. Je ne préjuge pas du reste, de l'existence ou non de vrais data. Mais cette affaire arrive bien mal pour la petite communauté des climatistes, les "vrais" scientifiques commençant à donner de la voix, excédés par nombre d'autres approximations ou débordements :
- Le rationnel du réchauffement climatique d'origine carbonique est assez faible. Pas inexistant : faible. Le CO2 est un gaz à effet de serre, nul doute. Mais les quantités émises ne pourraient expliquer qu'un marginal réchauffement dans un système simple. Le système Terre est évidemment très complexe. On ne peut prédire le output. Simplement, pour que le surplus de CO2 actuellement produit engendre une conséquente augmentation de température il faut imaginer un effet amplificateur. Un seuil à ne pas dépasser au delà duquel quelque chose d'autre se produit. Pas de bol, on viendrait comme par hasard de dépasser ce seuil ! Pourquoi pas, mais un rien ἀπὸ μηχανῆς θεός non ? L'autre élément rationnel est lui du pur bullshit : admettons qu'une hausse de la température globale soit corrélée avec l'émission de CO2, ça n'établit aucune causalité. C'est au mieux10 une observation indiquant qu'on pourrait mener des recherches testant la robustesse de ce lien éventuel.
- La recherche d'une explication simple et totale. Le climat est à l'évidence une question complexe. La cellule aussi. Lorsqu'on est habitué à traiter de telles questions il est ahurissant de devoir se contenter d'explications aussi simplistes. C'est la faute au CO2 et à rien d'autres, ne me parlez pas des tâches solaires, de l'optimum médiéval, je ne regarde même pas vos datas, c'est de la merde, vous étes nul. Ahurissant, un peu d'expérience en recherche vous apprenant rapidement combien il faut rester humble et dépourvu de certitudes. Et que c'est toujours plus compliqué que ce que vous espériez.
- Le clan du bien contre le mal. Emettre un doute fait de vous un suppôt de W. Bush et d'Exxon. Etonnant d'être au XXI siècle encore à écrire que la science se contrefout de la morale et du politique. De plus, par un étonnant renversement des valeurs, les scientifiques qui ne sont en accord avec les théories du réchauffement se font traiter de tous les noms : négationistes, créationnistes, tenants de la terre plate… Sans que leurs arguments ne soient discutés.
- Nombre de mensonges éhontés. cdc me rappelait, dans les commentaires du précédent post, celui présent dans le documentaire de l'ex-futur président américain Al. Gore. Au cours de l'histoire de la planète les élévations du taux de CO2 sont la conséquence des augmentations de températures et non l'inverse ! La solubilité aqueuse du CO2 dépend de la température et donc sa concentration dans l'atmosphère également… Sans compter les difficilement prévisibles évolutions de la biomasse en fonction de la température. Mais quoiqu'il en soit les relevés indiquent bien que l'augmentation du CO2 suit l'augmentation des températures… Un détail qui n'empéche pas d'obtenir un prix Nobel de la paix.
- Le traitement médiatique. Je suis bien conscient que les journalistes répondent à une demande. Celle d'un public mal éduqué11, peu conscient de la complexité et de la difficulté scientifique. Mais quand même. Dernier exemple Aurélie Leone de l'Express s'en prend aux vieux croutons : "Pourtant, en évitant ainsi de prendre partie sur la question du réchauffement, l'Académie, dont il semble légitime d'attendre un avis tranché, laisse bel et bien le public juge." Voilà : la science comme objet de consommation pour le bon peuple. Nous sommes sommé de dire quelque chose même quand il n'y a rien à dire. Sans parler des reportages où on nous parle de "réfugiés climatiques" à propose des victimes du tsunami … La liste est bien trop longue.
Conclusion

Comprenez bien qu'il n'est ici question d'aucune théorie du complot, mais je connais un rien le milieu scientifique. Métier comme un autre la science. Avec une grande diversité d'intervenants, ne pas croire que les gens y sont nécessairement brillants12. Tout au plus ont ils un certain niveau d'étude, simple reflet de leur capital social le plus souvent. Beaucoup sont là sans grande passion ou méthode : il y a de la lumière et la soupe est chaude. Ce n'est pas l'objet de ce post que de dresser une cartographie ou sociologie précise du métier. Quelques aspects méritent cependant développement pour mieux comprendre les dérives avérées du CRU :
- C'est dur, difficile, ingrat que de produire de la science de qualité. Vraiment13. Heureusement il est parfaitement possible de faire illusion. Chacun est spécialiste d'une petite fraction et il est ainsi possible, tant qu'on ne regarde pas vraiment les data et la méthodologie, de frimer à pas cher en enfumant son monde par un discours généraliste. Il y a pas mal de spécialistes plus ou moins graves de cette dérive. Avec l'expérience des ans il suffit d'apprendre à les repérer et en conséquence de les éviter.
- Certaines demandes de subventions sont un moment délicat pour l'intégrité scientifique et morale. On vous pousse à vulgariser au maximum, quitte à franchir des lignes rouges. Déplacer le cadre de validité de vos études. Là aussi un écosystème spécialisé s'est développé : absence de scrupule, auto-persuasion rétroactive que l'on a vraiment prouvé les imbécillités écrites pour obtenir des sous14.
- Parfois -voire souvent, je n'écris pas toujours- ces gens, ceux qui comprennent le moins la démarche scientifique, sont sélectionnés positivement par le système et gravissent les échelons. Au delà d'une application étroite du principe de Peter, il y a une logique : les décideurs, politiques et autres leviers du pouvoir ne comprennent eux même que peu de chose au discours et à la méthode scientifique. Et sont donc particulièrement enclins à écouter et promouvoir ceux qui leur tiennent des discours simplistes et biaisés. Je ne dis pas que cette catégorie du personnel est par essence nuisible et inutile, nous en en profitons lâchement pour nous décharger de taches ingrates, obtention de postes et d'argent particulièrement. Mais il y a un risque systémique : qu'il se prennent pour de bons scientifiques et imposent leur loi.
Dans mon champ disciplinaire il semble impossible que ces comportements borderline prennent le dessus : une masse trop importante de gens de très grande qualité fait tourner efficacement le bourrin. Et la mécanistique est assez huilée, si vous produisez de la merde ce ne sera que dans de très petites revues. Rapidement, vous aurez beaucoup de mal à trouver de l'argent et des étudiants. Et un jour ou l'autre -le temps académique peut être assez élastique- votre laboratoire disparaîtra. Certes il y aura eu dilapidation d'argent mais ce n'est pas l'essentiel : ça reste étanche entre bonne et mauvaise science, vous ne pouvez contaminer l'ensemble de la discipline par votre mauvais travail. C'est tout l'intérêt du peer reviewing et des dotations de crédit en fonction de la qualité des articles publiés par l'un ou l'autre laboratoire.
Par contre difficile d'apporter une réponse tranchée pour une discipline plus jeune et plus petite… Concernant le CRU, Il y a au moins tentative de corruption scientifique sinon de fraude. Les e-mails sont très explicites : c'est bien du grand n'importe quoi. Une grande gêne de certains des scientifiques impliqués est apparente15. Les solutions de sortie de crise sont relativement simples et accessibles. 1/ Renvoi, radiation, exclusion pilori pour les personnes les plus impliquées. Michael Man et les autres passeront à la postérité mais certainement pas dans les termes qu'ils auraient souhaité. 2/ Retour de cette discipline dans le champ de la difficile et ingrate recherche académique usuelle : crédits rares et peer reviewing strict. C'est à dire le plus loin possible des instances supra-étatiques, instances génératrices d'obligations "idéologiques" strictement incompatibles avec de le bonne pratique scientifique. Mais il est précisément à redouter que la collusion avec le politique ne serve de protection. To big to fall ?
Bref je ne sais toujours pas si le climat se réchauffe ou pas16, mais je vais être, en l'état, dans la nécessité de continuer à ne pas m'intéresser à cette question. Il faut laisser le temps au temps, que la "justice scientifique" passe et que les *good* scientists reprennent le pouvoir.
1 Je sais, vous n'avez pas le choix.
2 Ma première expérience en recherche, à 22 ans, dans un institut travaillant pour le développement, fut ainsi catastrophique. Il me fallait concevoir une ration alimentaire équilibrée en travaillant sur des produits de base africains. Les trois tables de composition de ces aliments que j'avais pu identifier donnaient des valeurs fort différentes. Mon directeur de stage me suggéra d'en faire la moyenne. Inutile de préciser que j'ai refusé. Passant, déjà, pour un mauvais coucheur.
3 Certes pour vulgariser on peut se permettre de montrer une courbe provenant de données hétérogènes mais quand elle est rigoureusement validée d'un point de vue scientifique. Si on utilise de telles données parce que "pas le choix" (en passant, eux ont le choix, ils peuvent rester sur la taille des cernes et batsa…) l'essentiel de la méthodologie consistera à valider, tester cette hasardeuse jonction : compliqué toujours. Ce n'est en aucun cas un "trick". Fuck off.
4 J'ai eu mon 1/4 d'heure de gloire lors d'un congrès, la plupart des sommités venant visiter, fort intéressées, mon modeste poster. Après quelques heures éreintantes à vendre scientifiquement le truc, je vois débarquer une jolie femme, la quarantaine, suivie de sa cour. Je n'en pouvais plus : j'ai assez longuement blagué avec elle, de choses ou autres, omettant à peu près totalement l'aspect scientifique. Je devais bien être le seul à ne pas la connaître : c'était l'éditrice en second de Cell, la bible de mon champ scientifique… Après un très très très long et hésitant reviewing, le papier ne fut pas publié par cette revue… Que les courriers de mon ex-boss, ancien communiste orthodoxe, au prestigieux éditeur en chef de l'époque, Benjamin Lewin soient en fait adressés au Dear Pr Lenin, n'a sans doute pas non plus contribué à nous faire apparaître comme professionnels… Blague à part, le processus de reviewing a fini par identifier une légère faiblesse, mais impardonnable pour une revue de ce calibre : notre texte n'évoquait pas un résultat légèrement contradictoire qui apparaissait dans une de nos figures. Comme quoi le peer reviewing ça fonctionne.
5 Aucun jugement de valeur de ma part. Pour des raisons de carrière j'ai fini par accepter de laisser mon nom sur des papiers qui ne m'intéressent en rien, dans de très petites revues. Ca m'a plutôt pris du temps, je n'ai hélas plus la pureté de mes 22 ans, pour tolérer ce genre de concessions, parfaitement conscient qu'il est difficile de faire marche arrière après. Mes tentatives de retour dans le vraie science me valent ainsi une réputation de mec jamais content, dont on comprend rien à ce qu'il raconte, hautain et prétentieux. Dois-je préciser que c'est faux ?
6 La fraude on en entend pas mal parler dans le milieu. Je ne sais faire la part entre la jalousie des uns et la malhonnêteté des autres. Ce que je remarque c'est que dans au moins un cas récent de fraude gravissime avérée l'administration et les syndicats ont étouffé l'affaire avec force.
7 Courtillot dont je n'ai pas regardé les fameuses conférences : pas le temps et volonté de ne pas être influencé durant l'écriture de ce post.
8 Pourquoi les journalistes n'ont ils pas contacté/écouté l'un ou l'autre spécialiste du clonage, qui aurait démonté la supercherie, plutôt que d'entretenir ce faux suspense ?
9 Ouch c'est bien moi qui est écrit cette phrase de merde ? Honte…
10 Il convient de rappeler que cette corrélation n'est pas certaine, et qu'au mieux elle serait observée… une fois. Quelle robustesse.
11 Quelqu'un pour m'expliquer pourquoi dans notre "société de la connaissance" on continue à bourrer le crâne de nos enfants en oubliant de leur raconter comment, avec quelle méthodes et avec quelles limites, cela a été produit ?
12 Les jours de déprime je me dis que je devrais écrire un bouquin avec les tombereaux de @&&&@ graves qu'il m'a été donné de subir ou d'entendre. Trop dangereux pour ma "carrière"… Vraiment ! Si j'atteins l'âge de la retraite peut être ?
13 Ce n'est pas une formule rhétorique. Je ne trouve pas ma carrière "globalement positive". Et j'en suis le premier responsable quelques soient les difficultés que j'ai eu à affronter. Qu'importe, l'insatisfaction est un puissant moteur…
14 Il existe également une pression assez forte pour que les résultats d'une étude collent aux -généralement foireux- présupposés de la demande d'argent.
15 J'aime beaucoup la tournure polie mais ferme : And the issue of with-holding data is still a hot potato, one that affects both you and Keith (and Mann). Yes, there are reasons — but many *good* scientists appear to be unsympathetic to these. Traduction moins diplomatique : on produit de la merde, c'est une pure honte scientifique. En plus on est con comme des bites : on cache les données qui nous dérangent. Blaireaux va ! : ca se verra bien un jour ou l'autre et nous en payerons le prix. Il y a urgence à changer celà pour que nos théories ne disparaissent pas avec l'eau du bain.
16 Il est parfaitement possible qu'on ne possède ni le recul ni la méthodologie pour pouvoir répondre à une si vaste question.
Eviv :: Nov.30.2009 ::
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