Ghost Dance
Le retour des morts-vivants ?
"Face à ce qu’ils considèrent comme une responsabilité historique, certains, comme les communistes, militent pour la transformation des anciens "collectifs du non" en forums de propositions.D’autres, comme le MDC Georges Sarre ou Jean-Luc Mélenchon, pensent déjà à la convocation d’Etats généraux de la gauche. Tous insistent sur la nécessité de débattre "au grand jour, loin des officines et des états-majors".L’affichage de bonnes volontés a ravi Marie-George Buffet. La secrétaire nationale du PCF, qui rêve de faire de son parti le pivot de la remobilisation à gauche, a promis de faire le point de cette nouvelle dynamique à la fin de l’automne, après la journée de grèves et de manifestations d’octobre où elle dit attendre une forte mobilisation (…)Vendredi, Marie-George Buffet, ancienne ministre de Lionel Jospin, a estimé qu’il n’était plus possible au PCF de "participer à un gouvernement sur une ligne raisonnable", qui ne serait pas très clairement anti-libérale (…)"Nous devons travailler à ce que la logique dominante au sein de la gauche ne soit pas celle du social-libéralisme", a insisté Yves Salesse, président de la fondation Copernic, appelant les militants à se souvenir "non seulement du 29 mai mais aussi du 21 avril" (2002, où Jean-Marie Le Pen avait éliminé la gauche de l’élection présidentielle). Dans la salle, une jeune femme traduit: "c’est le PS qui ne doit plus être dominant…"
Le piège du discours "anti-libéral" se referme petit à petit. On y arrive lentement. On lâche les vrais mots : le vrai ennemi c’est la social-démocratie. A votre avis lequel des deux mots les dérangent le plus ? On va bientôt nous refaire le coup de la différence entre liberté formelle et liberté réelle…. Flemme de faire une note construite là maintenant sur cette intéressante distinction. Je recycle par contre bassement en note divers passages des commentaires
.
Monique Canto-Sperber "La pensée libérale a pris corps au XVIIe siècle autour de l’idée qu’il existe une sphère sociale, ou société, distincte de l’Etat et de l’Eglise, sphère en laquelle les activités humaines sont autonomes et libres. Le libéralisme s’est ensuite incarné dans un ensemble de thèses liées à la nature de l’ordre politique, à la séparation des pouvoirs, à la défense de la tolérance religieuse, des libertés fondamentales de la personne et à la promotion de la règle de droit, thèses qui lui ont donné son visage familier. Le combat pour les libertés inclut bien sûr la liberté économique: liberté d’entreprendre, de commercer, de contracter. En ce sens, le libéralisme économique ne saurait être dissocié du libéralisme politique et culturel (…) Le libéralisme exprime d’abord une conception de l’homme et de la société. On peut ne pas la partager et se dire pour cette raison antilibéral. C’est le cas des courants conservateurs, qui dénoncent comme illusoires la liberté humaine et les prétentions des sociétés humaines à se régler elles-mêmes sans référence à une réalité transcendante. C’est le cas aussi du communisme politique qui considère que l’exercice des libertés économiques n’engendre que chaos et servitude, lorsqu’il est réglé par les contrats au lieu d’être régi par l’Etat. C’est le cas bien sûr de l’extrême droite qui associe le paternalisme corporatiste et l’exaltation de l’identité nationale à une rhétorique de rédemption sociale qui appelle au ressaisissement collectif. Mais c’est le cas surtout de l’extrême gauche actuelle qui, avec son leitmotiv antilibéral, attise les derniers feux des utopies sociales. Elle donne voix à la nostalgie d’un Etat protecteur et interventionniste, d’un pouvoir gouvernemental souverainiste, et d’une démocratie de revendications, tout cela désigné de manière forfaitaire par l’euphémisme «retour du politique». Elle prône une transformation sociale radicale, méconnaît la divergence des intérêts, méprise la recherche des réformes progressives, et assoit son autorité en prétendant parler au nom d’un mouvement social légitime à ses yeux dans sa seule fraction vociférante et radicale. Parmi toutes ces formes d’antilibéralisme, rares sont celles, surtout à gauche, qui seraient prêtes à expliciter les raisons de leur critique. Leur popularité dans l’opinion en serait vite mise à mal. Car derrière leur haine du libéralisme, qu’elle soit d’extrême droite ou d’extrême gauche, il y a un mépris d’ensemble à l’égard de l’individu moderne et une sourde méfiance devant la capacité des hommes à trouver par eux-mêmes, en tâtonnant, des normes d’existence collective. La passion antilibérale exalte des formes effervescentes et protestataires de démocratie, sans souci pour la nécessité d’éclairer les esprits et de pondérer les jugements. Elle amalgame à dessein les principes du marché et de la concurrence aux abus, monopoles et fraudes des formes pathologiques du capitalisme."
Et Philippe Val, fournie gracieusement par margit
. Pas d’accord avec tout chez Val, mais on est très clairement du même camp. Charlie Hebdo, édition du 31 août : "La famille de gauche est divisée en deux sous-familles, les traîtres et les crétins. Et le divorce menace. Depuis longtemps. Depuis la création de la SFIO en 1905. Jules Guesde, issu du courant marxiste, a été le premier crétin historique officiel, et Jean Jaurès, le fondateur, le premier traître. Les traîtres et les crétins se sont succédé, combattus, alliés, pendant un siècle. Oui, nous fêtons cette année le centenaire de cette longue scène de ménage à côté de laquelle Qui a peur de Virginia Woolf ? ressemble à La vie en rose. Jaurès a tout de suite analysé l’origine du ressentiment : l’affaire Dreyfus. Guesde voulait qu’on laissât la bourgeoisie régler ses problèmes toute seule, l’affaire Dreyfus étant une affaire bourgeoise. C’était un crétin. Jaurès s’est engagé dans la défense d’un capitaine juif d’origine bourgeoise. C’était un traître. Jaurès a tout de suite compris que l’entrée du socialiste Millerand dans le gouvernement bourgeois de Waldeck-Rousseau en 1899 n’était qu’un prétexte pour les guesdistes, qui ne digéraient pas les dreyfusistes.
Jusqu’en 1920, bon an mal an, les traîtres et les crétins cohabitèrent au sein de la SFIO. Puis ce fut de nouveau le divorce,
et la création du Parti communiste par les crétins qui ne voulaient pas faire le jeu du traître Léon Blum. Blum était traître car il ne croyait pas à la nécessité de la suspension des droits démocratiques pour réussir une révolution bolchevique. Et Marcel Cachin était un crétin qui, après un voyage dans la Russie des soviets, revint convaincu qu’après quatre ans de guerre mondiale une bonne dictature ferait du bien aux survivants.
Dans les années trente, certains crétins entamèrent une nouvelle procédure de divorce, parce que le traître Blum n’était pas assez radical. C’est ainsi que naquit le Parti populaire français du crétin Jacques Doriot, vieux militant socialiste exclu du Parti des traîtres en 1934 pour avoir constitué une aile radicale, une sorte de parti altermondialiste avant la lettre. On le retrouve à Radio Paris pendant la guerre, puis il fonde la Légion des volontaires français, qui va donner un coup de main à l’armée allemande sur le front russe. C’est sous l’uniforme allemand qu’il meurt sous la mitraille alliée en 1945. Après la guerre, pour aller vite, il a fallu toute l’habileté du traître Mitterrand pour réussir à mettre dans sa poche les crétins qui soutenaient Staline. Comme beaucoup de traîtres, Mitterrand était un visionnaire. Il avait deviné que les immenses territoires que l’on appelait le Bloc communiste finiraient par se libérer des crétins qui les opprimaient. A l’époque, historiquement parlant, le crétinisme était déclinant. Et s’allier avec un mouvement en voie d’effondrement ne mangeait pas de pain. En gros, les crétins n’avaient pas tellement le choix. Refuser la main tendue des traîtres, c’était se résoudre à l’impuissance, puis à la disparition. Lorsque, effectivement, le communisme s’effondra, il se produisit une chose que les traîtres n’avaient pas prévue. L’emprise territoriale du communisme disparut en effet, si l’on fait exception de ses résidus mutants que sont les régimes chinois, nord-coréen et cubain, mais, en revanche, le crétinisme survécut.
Mieux encore : tant que le crétinisme régnait en maître de l’autre côté du rideau de fer, les traîtres avaient beau jeu d’utiliser comme repoussoir tous ses échecs : économie en ruine, absence de libertés publiques, répression massive. Le crétinisme en action ne cessait de prouver qu’au fond les traîtres avaient raison. C’est ce qui a fait la fortune de la social-démocratie à partir des années 70. Pour ceux qui n’auraient pas encore compris, la social-démocratie est à la traîtrise ce que la Bible est au monothéisme.
Mais maintenant que le ” crétinisme en action ” a quasiment disparu et que la mémoire historique et la culture politique sont remplacées par la biographie de Zidane, le ” crétinisme en pensée ” relève la tête. Maintenant qu’il ne s’applique plus nulle part, l’amnésie générale qu’on essaie de nous vendre à la place du bonheur permet au crétinisme de vanter de nouveau ses propres mérites sans que la réalité vienne le contredire. A part la réalité nord-coréenne et la réalité cubaine. Mais elles sont microscopiques, et leur crétinerie est explicable, non pas par leur idéologie, mais par leur isolement dans un monde majoritairement converti à la traîtrise. Si l’on a oublié ce que l’on doit aux traîtres – les libertés publiques, les congés payés, la réduction du temps de travail, la libéralisation des moeurs, j’en passe et des plus futiles -, on se souvient en revanche avec émotion que les crétins nous ont fait rêver d’un avenir radieux.
Un homme comme Laurent Fabius le sait. Longtemps, il a fait route avec les traîtres. Mais, comprenant que non seulement les crétins ont survécu à l’effondrement du communisme, mais qu’ils en sont sortis impunis et stratégiquement renforcés par le fait que les conséquences de leur crétinisme avaient disparu de l’actualité, lui et ses amis ont admis qu’ils étaient dans l’erreur. Et ils ont eu le courage et l’intelligence de rejoindre le camp des crétins, en passe de redevenir plus nombreux que les traîtres.
Car la démocratie commande, dans un premier temps, de s’allier avec les plus nombreux si l’on veut accéder aux affaires. Même si, ensuite, la démocratie ne sert plus à grand-chose, puisque ce qui définit le crétin, c’est qu’il est comme un poisson qui se croit malin en votant contre l’eau sous prétexte qu’il ne la trouve pas assez claire. Alors que le traître, lui, préfère voter pour des filtres.
Cela dit, en tant que traître, je ne peux pas être objectif. J’ai toujours tendance à voir la paille dans l’oeil du crétin sans voir la poutre dans l’oeil du traître. J’ai d’ailleurs d’excellents amis crétins qui me le font remarquer assez souvent pour que j’en sois ébranlé. Si l’alliance des traîtres triomphants et des crétins déclinants était envisageable à la fin des années 70, et si, effectivement, elle a permis à la gauche d’arriver au pouvoir en 1981, l’histoire ne peut pas se répéter.
Car l’éthique victorieuse des traîtres pouvait se compromettre à peu de frais avec l’éthique en berne des crétins. Aujourd’hui que l’éthique des crétins a repris du poil de la bête puisque, depuis 25 ans, elle n’est plus responsable de rien d’autre que de ses discours démagogiques et que l’éthique des traîtres est plombée par les résultats mitigés des ses passages récents au pouvoir, la situation est l’inverse de celle de 1981. En 81, ce sont les traîtres qui faisaient rêver. Aujourd’hui, ce sont de nouveau les crétins. Or, de mon point de vue de traître, les dangers que les crétins font courir à l’humanité sont sans commune mesure avec ceux dont les traîtres sont porteurs. Car le traître est prudent, alors que le crétin lâche la proie pou l’ombre.
Aujourd’hui, si l’alliance avait lieu entre les traîtres et les crétins, ce serait au bénéfice exclusif des derniers. C’est pourquoi les traîtres n’ont plus aucun intérêt à chercher à digérer une bête devenue plus grosse qu’eux. En admettant qu’une réconciliation finisse par intervenir pour des raisons opportunistes – les prochaines élections générales – et qu’elle permette à la gauche unie de revenir au pouvoir, quelle politique étrangère, par exemple, serait appliquée ? Celle des traîtres, proeuropéens, et pour une paix négociée israélo-palestinienne ? Ou celle des crétins, souverainistes et favorables à une victoire des Palestiniens entraînant à terme la disparition de l’Etat d’Israël ? La France sera-t-elle un partenaire critique de l’Amérique, comme le désirent les traîtres, et radicalement opposée à l’islam politique ? Ou un ennemi de l’empire américain et allié des islamistes, comme le rêvent les crétins ? Quelle politique économique ? Ouverte, et régulée à la fois par des instances internationales et une fiscalité nationale adaptée, comme le veulent les traîtres ? Ou protectionniste et hostile à toute ingérence supranationale, comme le veulent les crétins ?
Dans l’identité même de la gauche, celle des crétins comme celle des traîtres, il y a un problème : comme elle est porteuse d’espoir, elle est condamnée à produire de l’insatisfaction. La gauche des crétins parce qu’elle ment, la gauche des traîtres parce qu’elle déçoit. Sa révolution consisterait à remettre à plat les mots qui la constituent et qui, désormais, ne veulent plus dire la même chose selon qu’ils sont prononcés par les uns ou par les autres. Moyen-Orient, marché, médias, concurrence, Europe, libéralisme, culture, mondialisation, Etats-Unis, élites, antiracisme, droits de l’Homme, démocratie, forment désormais le calamiteux lexique de l’impuissance de la gauche. Cailloux dérisoires que les traîtres et les crétins se balancent à la tête, ils ont quitté le champ du débat qui affine leur sens pour rejoindre la cour de récréation des insultes où ils ne servent plus que de marqueurs entre les bons et les méchants, comme la couleur des maillots des footballeurs permet aux supporters de s’y retrouver pendant le match.
Pendant ce temps-là, les loyers flambent, les chômeurs chôment, les compagnies aériennes low cost transportent les pauvres dans des poubelles, les immigrés brûlent dans les immeubles pourris, la précarité s’érige en système, parce qu’au fond, à droite, les traîtres et les crétins sont d’accord sur l’essentiel.
Mais il y a une question qui reste sans réponse. Ca me tarabuste, et je caresse l’espoir qu’il y aura des lecteurs pour éclairer ma lanterne. Pourquoi et comment, depuis le début de l’histoire, les crétins ont-ils réussi à entretenir l’idée qu’ils étaient plus à gauche que les traîtres ?"
Eviv :: Sep.11.2005 :: Beauferie :: 2 Comments »
[...] membre du PCF, fondateur du Parti Populaire Français, archétype de l’axe Rouge/Brun, le sympathique patriote Jacques Doriot. Entre deux clins d’oeil aux communistes et à [...]
[...] extreme droite tous les mêmes !” Grave accusation portée par el ryu dans les commentaires : "Ca a le mérite d’être simple (…) Donc amalgame : mêmes [...]